Rencontre avec la participante à l’édition 2016 de Lab Citoyen en France [es]

JPEG Larissa avec le drapeau du Honduras

Bonjour Larissa, tu as représenté le Honduras lors de l’édition 2016 du programme LabCitoyen à Paris. Peux-tu nous parler de ton parcours et des raisons qui t’ont amené à participer à ce programme ?

Bonjour et merci pour cet espace.
Tout d’abord, pour que vous me connaissiez un peu, je suis une ex élève du Lycée Franco Hondurien où j’ai appris le français depuis mes trois ans. Quand j’ai fini mes études de secondaire j’ai suivi ma Licence de droit à l’Université Nationale Autonome du Honduras (UNAH), ayant la première position de ma promotion et la mention honorifique Magna Cum Laude en novembre 2015. Je connais une partie de ce vaste univers des Droits Humains (droits de la communauté LGBTI, des déplacés et réfugiés, des handicapés, des communautés indigènes, conflits armés, droits économiques, sociaux et culturels, etc.) grâce au programme de Tribunaux Fictifs en matière de Droits de l’Homme de l’UNAH (Moot Court-UNAH) où je me suis formé professionnellement dans ce domaine. J’ai eu l’opportunité de représenter le Honduras à Washington et au Guatemala en 2013 en tant qu’oratrice, puis après cette année jusqu’à aujourd’hui en tant que formatrice, juge et avocate dans le cadre des compétitions. Cette expérience m’a permis de connaitre de manière approfondie la problématique et les faiblesses des pays latino-américains, le fonctionnement des systèmes régionaux de protection de Droits de l’Homme et de façon personnelle m’a sensibilisé vis-à-vis des groupes vulnérables. Cela m’a emmené à suivre des cours pour devenir partie du Programme Interaméricain de Facilitateurs Judiciaires de l’Organisation des États Américains (OEA) ainsi que des Diplômes pour la prévention de la violence à niveau local du Centre d’Investigation pour la Prévention de la Violence (CIPREVI), de droit international humanitaire de la Croix Rouge Colombienne, participations en multiples échanges académiques et puis à présenter mes idées pour la protection des droits de l’homme contre les violations des multinationaux sous forme d’article juridique face à l’Union Internationale des Avocats (UIA) situé à Paris. Comme vous pouvez voir, je suis tout le temps sur la piste pour trouver des solutions viables et lutter contre les inégalités sociales, renforcer les systèmes juridiques et garantir l’accomplissement des droits des tous les personnes sans discrimination. Le LabCitoyen représentait donc pour moi une nouvelle opportunité pour échanger expériences et comparer les difficultés des différents systèmes de santé du monde, et en conséquence avec les nouvelles idées, mettre en œuvre des projets pilots au Honduras pour améliorer les conditions de santé pour toute la population.

JPEG Les participants 2016

Le programme LabCitoyen concerne les droits de l’homme et il a traité cette année de la problématique des « Droits de l’homme et de la Santé » : peux-tu nous décrire comment s’est déroulée cette édition ?

Nous étions 50 participants de 40 pays différents, donc les organisateurs nous ont divisés en 3 groupes de travail pour les ateliers et séances de débat mais le nombre de groupes variait pour les visites. Néanmoins, on a reçu plusieurs conférences tous ensemble.
On a traité le sujet de la Santé du plus général au plus particulier : les séances ont commencé avec la relation entre les droits de l’homme et la santé, pourquoi la santé est tellement liée à la vie, les enjeux qui se présentent lors de la prestation de services de santé aux plus démunis, le fait que certains hôpitaux ne possèdent pas les équipés nécessaires de santé pour réaliser des interventions chirurgicales d’urgence, pour donner quelques exemples.
Ensuite, les ateliers se sont déroules avec des sujets plus spécifiques. Chaque jour on avait une thématique commune, puis les groupes de travail traitaient des sujets particuliers. Pour donner un exemple, un des grands sujets qu’on a mis sur la table de discussions était « la démocratie et la santé » puis chaque groupe a fait la réflexion sur 3 petits sujets : a) l’approche territoriale, b) l’approche médico-sociale et c) l’approche éthique et l’amélioration des pratiques professionnelles. À la fin de la journée on se rejoignait pour donner un petit résumé sur l’atelier et les conclusions du groupe, sous forme de restitution.
Nous avons réalisé 3 visites : la première au Planning Familiale pour traiter le sujet de santé sexuelle, reproductive et l’avortement, la deuxième à la Cité des Sciences où on a beaucoup appris avec l’exposition sur les maladies mentales et la troisième à l’Institut Pasteur où on a parlé sur la vulnérabilité et l’éthique.
Finalement, on a fermé la semaine de travail avec une table ronde de questions/réponses sur la santé sexuelle, au droit à disposer de son corps et la lutte contre les discriminations et les préjugés. Ce panel nous a donné l’opportunité d’échanger nos idées et expériences sur le sujet avec l’Ambassadrice pour les droits de l’Homme de la République Française, Patrizianna Sparacino, la Co-directrice du comité de vigilance d’éthique de l’institut Pasteur et Prix Nobel de physiologie et de médicine en 2008, Françoise Barré et la Directrice d’ARCAT/le KIOSQUE, Eve Plenel.
La nouveauté de cette édition c’est la création d’un réseau de jeunes ambassadeurs et ambassadrices pour les droits de l’homme de la République Française qui vise à assurer la continuité des projets de droits de l’homme mis en œuvre autour du monde par les participants du LabCitoyen 2016.

JPEG Les participants d’Amérique latine.

Selon toi, quels sont les principaux enseignements que tu retires de ta participation au LabCitoyen 2016 ?

Je peux vous assurer que j’ai acquis plusieurs enseignements pendant la semaine du LabCitoyen. Pour donner quelques exemples, Malasie forme les chamans des groupes indigènes pour que les membres du groupe aient accès aux soins sans que leurs traditions se voient affectées. De cette façon, les indigènes peuvent soigner leurs maladies sans avoir contact avec des médecins.
En France, l’éducation sexuelle est ouverte aux jeunes. Cela prévient les grossesses dans la jeunesse et surtout renforce le droit des filles à décider sur leurs corps et à la planification familiale. C’est intéressant de savoir que les filles de 13 ans peuvent venir au Planning Familiale sans l’accompagnement de leur parents ou d’un adulte pour obtenir des préservatifs ou des pilules, puisqu’avec ce fait on peut constater une véritable réalisation du droit à la santé sexuelle.
De la France aussi je retire l’éthique des certaines associations comme « SIEL BLEU » dédiée à la prévention de la santé à travers l’activité physique pour les retraités, les handicapés et les personnes atteints de maladies chroniques. Pour que cette association puisse fonctionner, elle a besoin de financement. Néanmoins, la direction de SB, à la lumière de ses principes éthiques, a refusé des aides des grandes entreprises qui affectent la santé, comme Coca-Cola.
La Tunisie a comme base scientifique, pour accéder à l’avortement, que le fœtus n’a pas de vie indépendante juste après les trois mois de grossesse. Donc les femmes peuvent se faire avorter avant les trois mois.
Effectivement, ces enseignements me donnent des bons arguments et des idées pour mettre en œuvre des projets en Honduras.

JPEG La Co-directrice du comité de vigilance d’éthique de l’institut Pasteur et Prix Nobel de physiologie et de médicine en 2008, Françoise Barré et l’Ambassadrice pour les droits de l’Homme de la République Française, Patrizianna Sparacino.

Le Honduras est un pays qui connaît de nombreuses difficultés concernant le droit à la Santé et à la Sécurité Sociale, de quelle manière les discussions menées à Paris t’ont fait penser à la situation hondurienne ?

C’est vrai que la situation du Honduras n’est pas la meilleure, mais avec ma participation au LabCitoyen je me suis rendu compte que les autres pays ont aussi beaucoup des difficultés et qu’avec plusieurs d’entre eux on partage les mêmes problèmes. Pour en citer quelques-uns, la France a des problèmes de discrimination vers certains groupes (les homosexuels et les migrants d’Afrique). Une des grands critiques qui faisait mon ami Alex de la Serbie c’est que la plupart des étudiants de médicine de son pays, cherchent tirer profit de leur profession et le don de service que cette profession exige n’est pas présent dans leurs esprits. Irak et Lybie se voient limités pour donner l’accès aux soins pour tout le monde, puisqu’ils font face aux conflits armés à ce moment.
Cependant, les discussions qu’on a eu à Paris et qu’on a toujours par les réaux sociaux avec les participants de cette édition du LabCitoyen, me donnent l’espoir parce que nous sommes des jeunes capables et engagés pour favoriser des changements positifs dans nos pays.

L’objectif 3 des objectifs de développement durable 2030 s’intitule : « Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge ». Dans cette optique, si tu voudrais faire passer un message au Honduras, lequel serait-il ?

Avant de finir, je vous remercie à nouveau l’opportunité d’avoir participé à cette édition du LabCitoyen. Effectivement, j’ai un message pour les autorités honduriennes : il y a des sujets plus importants que la réélection à ce moment dans notre pays. Une population sans santé et sans éducation ne peut pas soutenir une démocratie participative. La santé est une partie indispensable du droit à la vie et ne pas la garantir viole la dignité des personnes. Au Honduras n’existe pas un véritable système de sécurité sociale qui donne l’accès aux soins à tout le monde et le gouvernement devrait faire attention à ce fait. La création d’un système solidaire qui puisse accueillir aux plus démunis sans discrimination est nécessaire depuis toujours. La privatisation de la santé ou de n’importe quel autre service public, n’est pas la solution aux problèmes de l’État. La solution à ce problème est l’implémentation d’un effectif système de transparence et l’obligation de rendre compte dans toutes les institutions pour éliminer de cette façon les actes de corruption dans l’administration publique. Une loi qui permet d’avoir en secret les actions de l’État pendant vingt-cinq ans vient seulement à garantir plus de corruption et d’impunité. Ne pas punir pénalement les responsables des actes de corruption dans le système de santé et dans les autres institutions du gouvernement, rend le système plus faible et fait perdre la crédibilité de l’État et de sa capacité de résoudre par ses moyens cette situation. Il est nécessaire de rappeler que les programmes sociaux que l’État met en œuvre doivent être dirigés pour tous les honduriens et pas seulement pour les personnes qui apparaissent au recensement du Parti National parce qu’on n’est pas seulement des électeurs et l’État a l’obligation de garantir sans discrimination le droit à la santé, à l’éducation, au travail, à la sécurité sociale, au développement soutenable et tous les autres à tous ses habitants. Finalement, j’encourage les autorités honduriennes à travailler de la main avec tous les secteurs de la population. On ne doit pas oublier qu’on est tous honduriens et que l’objectif final est le bien-être commun de toute la société. Merci.

Les opinions exprimées dans ces interviews expriment le point de vue des personnes interrogées et en aucun cas celui de l’Ambassade de France au Honduras.

Dernière modification : 19/08/2016

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